La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale s’arrête là où commencent nos préjugés

Texte d’Eve Lavoie paru sur le site du Journal Le Mouton Noir dans le cadre de leur édition sur l’exclusion sociale.

« Ah, la gang de BS ! S’ils pouvaient seulement se lever de leur lazy-boy et travailler comme tout le monde. » Qui n’a pas déjà entendu ce genre de réflexion? Ces préjugés, comme bien d’autres entourant les personnes vulnérables ou en situation de pauvreté, ne datent pas d’hier.

Les préjugés évoquent parfois une certaine vérité, mais qui tend à se déformer, et c’est dans le passage à la généralisation, donnant lieu à un « profil type » sans nuances, que loge le préjugé. Les idées préconçues rendent difficiles la mobilisation citoyenne et la pleine participation sociale à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Par ignorance, par paresse intellectuelle ou par besoin de nous identifier à un groupe dominant, nous nous retranchons derrière des idées que nous croyons vraies, sans toutefois pouvoir en expliquer les fondements de façon rigoureuse et objective.

Les préjugés ne sont pas inoffensifs
Une fois exprimés, amplifiés ou exploités par les médias ou les groupes d’intérêt, les préjugés entraînent des dommages importants chez ceux qui en sont la cible et nuisent à toute la collectivité dans laquelle ils circulent et s’incrustent.

En bref, les préjugés contre les personnes démunies nuisent à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion parce qu’ils installent chez les personnes en situation de pauvreté un sentiment d’infériorité et une souffrance qui sapent leurs efforts pour améliorer leur sort; ensuite parce qu’ils minent la cohésion sociale en créant des inégalités, ce qui a pour conséquences d’affaiblir le soutien de la communauté; enfin parce qu’ils font obstacle à l’émergence de solutions novatrices ou différentes et nous confinent aux stratégies qui cadrent avec les points de vue dominants.

Et l’État dans tout ça?
L’État a la responsabilité de garantir une société inclusive, juste et solidaire. Pour ce faire, il doit promouvoir des valeurs qui protègent les programmes et les services qui répondent aux principes de justice et d’égalité. Il revient à l’État de défendre l’intérêt collectif dans le but d’éliminer la pauvreté et l’exclusion.

Au Québec, bien que nous disposions de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale (adoptée à l’unanimité le 13 décembre 2002 par l’Assemblée nationale du Québec) et d’une Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, ces mesures ne prévoient aucune stratégie cohérente de lutte contre les préjugés. Il apparaît donc évident que le premier pas d’un gouvernement déterminé à respecter l’esprit de la loi devrait aboutir en la mise en place d’une telle stratégie. Il nous est permis de douter de l’intention du gouvernement actuel, dont l’idéologie est plutôt de se décharger de plusieurs responsabilités sociales. Au regard de la pauvreté et de l’exclusion, il y en aura toujours pour dire que nous n’en faisons pas assez, et d’autres pour affirmer que nous en faisons trop… En cette période d’austérité, il va sans dire que l’idée dominante est que nous en faisons trop, et force est de constater que ce sont les plus vulnérables qui risquent d’écoper.

Nos leaders doivent réellement comprendre que l’argent investi pour améliorer les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion contribue à l’amélioration des conditions de vie de tous.

Ce que Centraide croit
Les préjugés logent au cœur des problèmes de pauvreté et d’exclusion. Les combattre, c’est se donner les moyens d’atteindre un mieux-être collectif. Les intervenants, les bénévoles et les participants issus du monde communautaire sont évidemment des acteurs clés en matière de lutte contre les préjugés. Centraide croit profondément à son action de renforcement des communautés par le soutien aux organismes qui viennent en aide aux plus vulnérables. Que ce soit une jeune mère monoparentale, une personne âgée isolée ou un homme aux prises avec un handicap ou un problème de santé mentale, ce dont cette personne a besoin pour retrouver la dignité n’est pas notre regard réprobateur, mais bien notre solidarité.

Ce texte est inspiré du document de réflexion Un préjugé, c’est coller une étiquette, publié en 2011 par Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, sous la direction de Marc De Koninck.